L'année passée, à la même époque, j'avais réagi à un article du QJ intitulé "Trop facile d'obtenir sa maturité ?". Eh bien, une année plus tard, je pourrais réécrire le même billet, avec presque les mêmes chiffres à l'appui (103 élèves insuffisants en maths sur 182).
J'irai même cette fois plus loin : cela devient un exploit de rater sa maturité ! Avec tous les arrondis vers le haut, le nombre faramineux de disciplines et les repêchages automatiques, il faut vraiment faire exprès pour rater (3 échecs sur 182 élèves). Ce qui me dérange, ce n'est pas tellement ce faible nombre d'échecs. Après tout, il est normal qu'arrivé en 3ème année, un élève réussisse ses examens. C'est le but. Non. Ce qui me hérisse les poils du bouc, c'est la mentalité actuelle des élèves.

2015, la pire année en maths

Illustrons cela par un graphique. Je me suis plongé dans mes archives personnelles pour voir comment ont évolué les notes de l'examen écrit de mathématiques. C'est souvent (et de loin) la moins bonne des quatre notes que l'on prend pour calculer la moyenne finale de maths. J'ai regardé les années 2000, 2007 et 2015 et j'ai pris des classes d'élèves non scientifiques :


Je précise pour les lecteurs non suisses de ce blog que chez nous les notes vont de 1 à 6, avec demi-point et que la moyenne est à 4.
En bleu, la situation en 2000, avec l'"ancienne maturité" (moins de disciplines, exigences de réussite plus dures qu'actuellement). C'était de plus la deuxième année que je faisais passer des examens. On voit que les notes sont assez bien réparties. La moyenne se situait autour de 3.5.
En orange, la situation en 2007. C'est la "nouvelle maturité", mais il existe à l'époque des notes pour des groupes de discipline (physique-chimie-biologie et géo-histoire). Il y avait donc moins de notes qu'actuellement. On voit un léger décalage des notes vers la gauche. Cela signifie qu'il y a plus de mauvaises notes. La moyenne était un peu moins bonne, mais cela restait "acceptable".
Enfin, en jaune, les notes de cette année. La pire de ma carrière en terme de résultat à l'écrit de math (env. 2.5 de moyenne). C'est effrayant. Presque plus de bonnes notes: 3 (oui 3) élèves suffisants sur 33. Un nombre hallucinant de notes inférieures à 2.

Alors pourquoi ?

Qu'est-ce qui a changé en 15 ans ? J'ai la faiblesse de croire qu'au fil des ans, je me suis amélioré. Je ne sais pas si je suis un bon prof, mais en tout cas meilleur qu'en 2000. De plus, les collègues de mon lycée et d'ailleurs font le même constat. Les examens ne sont pas devenus plus durs, je dirais même que c'est au début des années 2000 qu'ils étaient les plus difficiles. Les élèves ne sont pas forcément moins bons non plus. Non. Le grand coupable, c'est le système actuel de promotion, beaucoup trop laxiste. L'élève peut se permettre d'avoir 4 notes insuffisantes, ce qui lui permet de laisser tomber certaines branches. Evidemment les maths sont les premières touchées, puisque c'est une des branches les plus exigeantes. De plus, il y a tellement de notes à côté pour se rattraper, que l'on peut se permettre de faire une note très mauvaise. Ce n'était pas le cas en 2000. En 2007, les élèves ne pouvaient qu'avoir 3 notes insuffisantes et il y avait moins de notes.
Mais le pire, ce que toutes les notes ont le même poids. La note de maths (12 heures réparties sur trois ans, avec un examen oral et un écrit) compte autant qu'une branche dispensée seulement en 3ème année (1 heure) et sans examen. Il est donc facile de compenser.

Et alors ?

Tout le monde ne peut pas aimer les maths. Quand je dis que je suis prof de maths, la grande majorité des gens me répond : "Ah j'étais nul en maths". Soit. Mais il fut un temps ou les élèves faisaient des efforts (mon Dieu le gros mot !). C'est d'ailleurs ce que je demande à mes élèves : qu'ils fassent de leur mieux, et surtout qu'ils apprennent à réfléchir. Mais le système les pousse vers la médiocrité, la fainéantise et le je m'en foutisme. Résultat : on forme des élèves calculateurs, jouant avec le système, plutôt que des élèves cherchant l'excellence. Le comble: les meilleurs élèves sont raillés par les autres, qui ne comprennent pas pourquoi ils passent tant de temps à travailler. Ils comprendront peut-être plus tard... Trop tard.

Alors changeons ce système !

L'année passée, les profs du Lycée, après avoir réfléchi longuement sur la question, ont transmis au département des propositions pour redonner du poids aux quatre branches principales: français, maths, langue 2 et option spécifique, qui représentent à elles seules près de la moitié des heures dispensées (notons au passage, et bravo à lui, qu'un élève à réussi à avoir sa matu en ayant ces 4 branches insuffisantes! Je parie qu'il va faire médecine). Réponse de nos autorités compétentes: ce rapport sera mis en consultation... Il faut dire qu'on est en année électorale. Il est urgent d'attendre. On va donc encore "produire" au moins quatre volées d'étudiants calculateurs, peut-être plus...

Rendez-vous l'année prochaine, pour le même billet d'humeur !